Alice Randegger

Étudiante en Lettres

 

Alice écrit depuis toute petite et rêvait à l’époque de devenir écrivaine-illustratrice, ou pirate, selon les jours.

Elle fait aussi partie du magazine en ligne EPIC, dans lequel elle écrit principalement sur la musique : https://epic-magazine.ch

Voici un de ses textes, “Autoportrait”, également disponible sur le site du magazine REEL (ici) :

 

Alice Randegger. Mon nom.

Alice, c’est simple, court, fluide. C’est un mot qui, écrit à la main, coule. Après le A majuscule initial, pointu, imposant même, l’alpha, les quatre autres lettres s’enchaînent tout en courbes et en arrondis. Le point sur le i finalise le tout. C’est un prénom avec un début et une fin, un prénom complet. Quand on le prononce, le l colle au palais, le temps de donner l’impulsion dont naît la suite, lisse, plate, comme un lac brumeux le matin, qui donne l’impression que le mot reste suspendu dans les airs et plane.

Randegger, sous une apparente civilité – sa prononciation francisée – devient aussitôt barbare éructé en suisse-allemand. Le r est roulé dans le meilleur des cas, mais a plutôt tendance à arracher le palais sur son passage, s’ouvre sur un an, qui tinte, avant que tout ne s’effondre : de devient dai, puis les voyelles disparaissent totalement, inéluctablement, dans le chaos final : kkr. Rannndaikkr. Ça agresse le palais, l’oreille, le bon sens. En allemand, der Rand signifie le bord et die Ecke le coin. L’aberration de ce mot est donc formelle et fondamentale : le bord du coin c’est, plus que la périphérie, le lieu d’instabilité, l’endroit d’où l’on va tomber tôt ou tard, vraisemblablement tout de suite.

Alice, c’est le côté lumineux, rapide, enfantin. Alice, c’est celle qui a soif de connaissances, qui voyage, qui voltige à bord de voiliers, qui rit et profite de l’instant. Mais c’est aussi la petite fille qui prend des risques, souvent, et qui, à force de tomber dans des terriers béants et phantasmatiques, se retrouve acculée au bord du coin, en dehors de tout et de tous. Dans ces cas-là, mademoiselle Randegger a du mal à regagner les volutes et les arabesques de son prénom ; elle s’enferme dans sa tête et devient aussi agressive que son nom ; elle se dégoûte, se donne envie de vomir, comme ce chapelet de consonnes.

Alors, pour masquer l’apparent paradoxe, elle maquille ses yeux verts, qu’elle espère pétillants, par peur du regard bovin, et fait sourire ses petites lèvres charnues. Elle s’habille avec soin. Elle s’amuse à teindre et déteindre ses cheveux. Pour faire diversion. Elle a tellement peaufiné son masque social, aiguisé son ironie et son humour pour faire rire les autres, afin d’entretenir l’illusion et pour qu’ils la confortent dans son autodérision acerbe, qu’elle est devenue une grande metteuse en scène d’elle-même. Elle prononce son nom de famille à la française. Mais sa démarche curieuse – elle ne se meut que du bout des orteils – affiche ouvertement l’exercice d’équilibrisme auquel elle se prête.

 

Un autre de ses textes est disponible sur le site de REEL. Il s’intitule “Pourquoi les larmes sont-elles salées ?” – ci-dessous, un extrait. Pour la version complète, c’est ici ! 

 

Nous avons précédemment déterminé les situations provoquant des pleurs. La douleur physique peut faire pleurer, mais il est rare qu’elle ne soit que physique ; généralement, elle est accompagnée d’un sentiment, par exemple de peur, ou d’une hausse de l’attention. Les émotions fortes sont générées par notre cerveau reptilien, composé schématiquement de l’amygdale et de l’hippocampe. En toute logique, pour permettre la survie de ce dernier et pouvoir entériner notre émotion, le corps recrée l’habitat naturel du petit animal : un bassin d’eau salé. Comme nous le savons, l’hippocampe est absent du torrent de montagne, du lac et du fleuve, impossible à pêcher à l’épuisette dans une mare ; l’eau douce semble donc lui être contre-indiquée, et, afin de le contenter et de lui permettre de pleinement s’épanouir lorsqu’il doit fournir une activité élevée, le corps lui procure le meilleur : de l’eau salée. Ceci explique pourquoi la larme est composée d’eau et de minéraux, qui lui donnent un goût salé, et non par exemple d’eau et de lipides, qui permettraient pourtant des régimes plus simples et efficaces.